Paranormale supérieure

web copieExposition – Espace Lhomond, du 17 au 26 juin 2011
à l’invitation de Quentin Brejon de Lavergnée

MISE EN ABÎME

Au départ, en 2009, Quentin m’a demandé de jouer dans son film “L’étrange professeur Tournefort.” À présent, il expose ce film et des travaux avoisinants (qui correspondent à la même technique de camera obscura) et il invite trois autres artistes, ses acteurs et amis à exposer avec lui, « autour de lui ».

Cette place d’actrice à l’image, dans ce que Quentin expose et projette, m’incite à me concentrer sur ce qui est propre à l’origine de mon travail : devant et derrière la caméra. Actrice dans mes films, j’incarne Anne Buridan, fille à la caméra, mise en abîme de la figure du cinéaste, personnage emprunté par d’autres cinéastes, personnage qui aime à se glisser dans les œuvres des autres à la recherche d’un insaisissable « point de rencontre », éternelle ligne de fuite. Exposer ici, entre caméra obscure et chambre claire, c’est revenir au désir premier, voir primitif d’habiter une image comme de la fabriquer, de pénétrer l’imaginaire de l’autre, comme il hante le mien, à la mesure de cette étrange découpe : la silhouette altérée dans nos regards croisés, au-delà de l’effet miroir. Cette recherche première, je l’ai poursuivie au Japon, en vue de mon prochain film, avec le photographe Shinya Ichikawa qui travaille avec une chambre photographique.

« Je perfore ton rêve, tu hantes le mien » / SURIMPRESSIONS

- « Qu’est-ce que ça veut dire « appartenir au rêve de quelqu’un ? »
Dans mon film ADN     (à partir des photos de David Nebreda), j’interpellais ainsi le philosophe Gilles Deleuze qui nous répond que cela peut être terrifiant d’être “prisonnier du rêve de quelqu’un”. Cette réponse, alors montée après la reprise d’un plan de surimpression mécanique (réalisé pour un de mes films précédents) démarque le thème transversal du rêve de la « rêverie évaporée » auquel on le rattache trop souvent. Il apparaît ici comme l’espace d’interpénétration des imageries internes, autonomes et involontaires. Les autres s’invitent parfois dans nos rêves, comme nous hantons les leurs. Cela se traduit en images, films et photos, par le phénomène optique de la surimpression : nous sommes apparemment ensemble, mais pas « réellement » ou pas simultanément dans le même espace. Passé l’effroi premier des identités poreuses, il en résulte esthétiquement une certaine douceur.